Le vrai confinement

Hier soir, je publiais un post sur Instagram dans lequel je parlais de la façon dont nous sommes sur-sollicités par nos smartphones (mais surtout par nous-mêmes) depuis que nous sommes confinés. Puisque nous ne pouvons nous voir, nous utilisons, et avec raison sur bien des points, internet et nos petits téléphones chéris. Formidables outils pour de multiples appels visio, conférences, stories, lives, directs & j’en passe… Au début du confinement, je m’étais dit que c’était finalement un mal pour un bien, cette pause. Je suis freelance, alors certes, je ne gagnerai pas de salaire à la fin du mois si je ne travaille pas, mais surtout, j’allais pouvoir profiter de mon fils pendant une longue période, à la cool. Mais assez vite s’est ajoutée la charge de lui faire l’école à la maison, qui, si elle n’est pas compliquée techniquement pour son âge, se révèle bien plus ardue quand il s’agit de s’y mettre. Soyons honnête : à presque 6 ans, quand il n’y a pas école et qu’on vous dit de bosser malgré tout, sans la maîtresse pour tout vérifier, la motivation est difficile à avoir. Mais de ce côté-là, aucune inquiétude, on n’apprend pas seulement, et heureusement d’ailleurs, avec le travail de l’école.

De toute façon, on ne pouvait pas faire que cela et il fallait aussi, même si cela allait être compliqué, que je me remette à bosser. Certes, je n’atteindrai pas les objectifs que je m’étais fixés pour ce printemps mais il est hors de question que je doive abandonner mon métier de rédactrice à la fin du confinement si je n’ai pas pu tenir financièrement. Alors il me faut aussi travailler, et pas qu’un peu. Et avec un enfant à la maison, même si je l’ai déjà fait tout décembre puis tout janvier lors des grèves, cela s’avère un peu compliqué, surtout si l’enfant en question ne sort pas de chez lui pendant plus de quinze jours. Bref, je jonglais avec une situation périlleuse (et encore, je ne suis pas soignante, alors le péril est plutôt léger pour quelqu’un comme moi à qui l’on demande simplement de rester chez soi), comme la plupart des parents dans ce moment si délicat.

Mais ce n’était pas vraiment grave, on allait pouvoir faire plein de choses, lire, faire des jeux de société (que je déteste mais bon, on a dit qu’on voulait occuper mon fils!), préparer à manger tranquillement, regarder des films, fabriquer des trucs… D’autant qu’avec instagram, ah ça, il y en a des trucs à faire! D’un coup, les parents (les mères surtout, les pères n’ont pas l’air d’être là sur insta) se sont réveillées et ont posté mille recettes de pains, cookies, brioches, activités pour apprendre à écrire, lire, comptines, activités manuelles… Bon, là j’ai vite abandonné, je n’avais aucune envie de me transformer en instit et de toute façon, on avait dit qu’on en profiterait pour visiter les musées du monde sur la toile, et lire tous nos livres en retard. Ah et puis comme il y a des directs de yoga sur instagram, on en fera aussi. Et de fil en aiguille, de direct en direct, il y a eu de plus en plus de notifications. Sans compter les nombreux sms, messages whatsapp, appels, appels visio… Le téléphone s’est mis à sonner toutes les heures, voire plus et si j’avais répondu à toutes ces sollicitations, j’aurais passé littéralement la journée dessus. Alors bien sûr, j’en suis la première responsable. Bien que j’ai supprimé tous les réseaux sociaux de ma vie hormis instagram, je suis restée inscrite dessus toute seule et j’y passe un temps bien trop important, même si la plupart du temps cela me fait plaisir. Mais la première chose à laquelle j’ai pensé lors du confinement, c’était que cela allait être positif dans nos vies, dans ma vie. J’allais pouvoir profiter de ma famille, travailler à mes projets personnels davantage, faire le point sur ce qui pouvait être réajusté ou non dans ma vie… Et au final, il n’en est rien.

Je m’agite pour essayer de bosser tout en faisant l’école à mon fils, je gère serpi, lessives et désinfections plusieurs fois par jours parce que mon mari bosse encore plus et quand finalement je suis ko ou trouve deux minutes, je suis sur mon téléphone… Alors quitte à se confiner et rester tranquillement chez soi, on va mieux faire les choses et on va tout couper. Pour ça, j’ai trouvé une solution, un peu radicale : j’ai fait tomber mon téléphone sur le carrelage et il est hs. Tout ça en répondant à une amie parlant justement de déconnexion! Sur le moment, soyons honnêtes, j’étais embêtée. Embêtée de perdre quelques photos précieuses de ma vie, tous mes contacts, embêtée de casser un objet, cher de surcroît, surtout dans une période où j’ai besoin de pouvoir contacter et être contactée par l’hôpital. Mais qu’importe, cela va me permettre de faire un test.

Je voulais que le confinement me permette de faire le point? Alors je vais faire le point. Et je vais voir jusqu’où je peux fonctionner sans téléphone, à un moment où on ne peut plus voir personne. Je vais attendre les mails comme on attendait les lettres, je vais me demander comment vont les gens, donner des nouvelles écrites, me délecter de l’attente de la réponse, profiter de ce temps hors du temps… ou peut-être pas, mais j’en doute! Je crois que cette pause sera bienfaitrice, seule une urgence santé exigerait de me faire acheter un autre téléphone. On verra ce que cette période me réserve, mais j’en suis sûre, elle me permettra de vraiment faire une pause réfléchie.

C’est drôle, hier soir je me suis endormie en pensant à deux mots. Anachorète et anacoluthe. J’avais un doute sur leur sens et il est vite revenu. Anachorète : personne qui s’est retirée de la société séculière pour des raisons religieuses. Sans aller jusque là, je trouve qu’il y a quelques similarités et mon cerveau m’a étonnée de ressortir ce mot à minuit alors que j’avais du l’entendre pour la dernière fois lors de mes années d’études.

Allez, je me retire, et je vais vivre! On se retrouve ici de temps en temps pour discuter et faire le point (comme à l’époque…!), de toute façon j’ai 60 articles en brouillon à publier, et si vous voulez m’écrire, vous saurez où me trouver.

Bonne journée!

PS : je ne peux que vous conseiller également la lecture de cet article de mon amie Mélanie sur ce temps précieux dont nous disposons. Et bien sûr, les mots de Lili Barbery, Apprendre de l’épreuve, m’ont également parlé.

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