Que vivent nos corps

Planche à pain, baguette, la Biafraie, crevette, la Somalienne, l’Anorexique, la maigre, squelette…Voilà une partie des surnoms que l’on m’a donnés enfant puis adolescente, pas uniquement pour se moquer mais parfois aussi des membres de ma famille pour qui cela remplaçait même mon prénom.

Que voulez-vous, j’étais maigre, j’ai pesé 28 kg jusque très tard dans mon adolescence, on voyait mes os. Comment allaient-ils m’appeler? Heureusement, j’étais et je suis toujours en bonne santé physique et mentale car je n’ose imaginer les répercussions que ces mots auraient pu avoir sur moi. Car souvent, c’est aussi des commentaires que l’on faisait sur mon corps, sur mon poids : « elle ne mange pas« , « tu devrais manger« , « t’es anorexique ou quoi?« , « elle fait peur« , « elle fait un régime« , « t’es laide« , « mange un big mac« …

Plus tard, en prenant du poids, j’ai cru que je serais tranquille mais que nenni. J’étais « celle qu’on déteste » parce qu’elle ne prend pas de poids si elle ne fait pas attention, celle à qui on fait des commentaires parce qu’elle mange une pizza au déjeuner « ah elle peut se le permettre, elle« , celle qui a perdu tous ses kilos de grossesse en accouchant « elle en a de la chance« .

Et si je parle de ces remarques là c’est parce qu’on me les a faites mais elle nous concernent toutes et tous. Car bien sûr, on engueule aussi les grosses, les rondes, les grandes, les musclées, les molles, les petites et j’en passe et des meilleures (je mets au féminin parce que le masculin ne l’emporte pas selon ma grammaire mais j’imagine que les hommes sont également concernés, même si c’est dans une moindre mesure). Même en rentrant dans ce fameux 38 encensé par les magazines, on peut avoir « trop de cuisses » (personnellement je pensais que deux c’était plutôt pratique pour marcher), « trop de fesses », « pas assez de seins« . Combien de fois ma mère m’a t-elle dit de ne pas me resservir à table « sinon tu vas devenir grosse!« ?

Comme si notre poids, quel qu’il soit, et notre corps, pouvaient regarder les autres. J’ai pour ma part décidé depuis bien longtemps de fermer mes oreilles aux commentaires totalement déplacés sur mon corps mais combien de fois lis-je ou entends-je encore des remarques sur les corps « trop » (maigres, mous, flasques, gros, que sais-je encore?)?

Au lieu d’encenser et chérir les corps qui fonctionnent, on ne se concentrent que sur l’enveloppe visible à l’oeil nu. Alors qu’on devrait célébrer leur santé, on veut les former selon nos propres désirs (ou ceux de la société, que l’on a fini par croire être les nôtres). Mais un corps n’est pas une pâte à modeler que l’on peut transformer à l’envi. C’est notre maison, le réceptacle de nos organes, le lieu où nos énergies circulent. Notre corps, on vit avec toute notre vie. Pourquoi ne se concentrer que sur l’apparence quand on peut prendre soin de soi? Pourquoi commenter les corps des autres quand on pourrait se taire?

Le mot bienveillance a beau être devenu à la mode depuis quelques années, si on lit les journaux, regarde la télé, les réseaux sociaux, que l’on écoute les conversations sur les corps, ce n’est pas le premier mot qui nous vient à l’esprit… Et pourtant, si on arrêtait, ça irait beaucoup mieux, non? Si pour commencer, on arrêtait de ne se voir qu’à travers le regard des autres, si on arrêter de sans cesse vouloir commenter les corps des autres, même pour en dire du bien (car féliciter une fille pour sa poitrine est complètement bête à mon sens, cela voudrait dire qu’elle y peut quelque chose et en plus ,cela sous-entend que les autres n’ont pas de belle poitrine!), est-ce-qu’on ne se sentirait pas toutes et tous mieux? Si seulement on arrêtait de faire croire qu’il faut un bikini body pour se baigner en été, si on arrêtait de faire croire à des mensurations idéales, si on arrêtait de croire que la cellulite, les varices, les poils, les veines, c’est moche, on irait toutes et tous bien mieux. Alors bien sûr, ça change, c’est bien, mais c’est beaucoup trop lent. On n’a pas à subir son corps juste parce que les autres nous l’imposent. Contrairement à beaucoup de choses dans la vie, on ne le choisit pas, alors vivons juste avec lui sans nous prendre la tête, ni prendre la tête aux autres!

2 commentaires

  1. Merveilleux texte. Bravo. Et merci.
    Je ne peux que partager ton message.
    Seulement, je dois dire que les regards extérieurs sont encore très difficiles à subir et à accepter.
    Je me souviens par exemple de ce week-end que j’ai passé avec vous à Nice. Quel fabuleux week-end, je chéris le souvenir de ces moments passés avec toi, avec C. C’était génial ! Mais je me souviens aussi d’une photo que C avait prise de nous deux, sur la plage. En voyant cette photo j’ai pleuré ( à l’époque) parce que je me trouvais tellement grosse à côté de toi ! Je ne voyais que mes bourrelets qui dépassaient de mon maillot de bain, mes seins qui tombent… ça avait été très dur de me comparer à toi. Pourtant c’ets idiot, et tu l’expliques très bien dans ton article.
    Aujourd’hui je crois que je ne verrais plus cette photo du même oeil. Malgré tout c’est encore très difficile de se confronter au regard des autres. Mes collègues ( et même si je les adore) sont très dures envers les autres ( et envers elles-mêmes) par exemple. Je remets des soutifs au boulot parce que je ne supporte pas le jugement que l’on peut avoir sur moi. Parce qu’au boulot tu vois, le jeu préféré de beaucoup de mes collègues c’est, presque avant même de dire bonjour, de juger la tenue des autres. ça taille dans tous les sens. ça les fait rire. quoique tu mettes ça ne va jamais, il y a toujours un détail qui fera une bonne blague. J’en parlais justement avec D avant-hier. La bienveillance est loin d’être la norme. A nous de travailler pour qu’elle le devienne et si c’est peine perdu, tenter de s’en foutre. gros bisous

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    1. Mélanie,
      Merci pour ton message. Je n’avais absolument aucune idée de ce que tu racontes ici et j’en suis désolée. Je crois que si je l’avais su, on aurait pu en discuter toutes les deux parce que ce que tu me dis me touche beaucoup. Comme tu le dis, c’est terrible parce qu’on est victime du regard des autres malgré tous les efforts que l’on peut faire pour l’éviter. La période la plus dure pour moi avec ça a été lorsque j’ai travaillé avec une personne qui était comme tes collègues, cela m’a rappelé mon enfance et la façon dont ma mère agit à commenter absolument tout sur tout le monde. C’est dur de s’en affranchir mais franchement, en attendant de réussir à t’en foutre complètement, continue comme tu le fais, à être si bienveillante. C’est en l’étant que les autres le deviennent aussi.
      Bisous Mélanie ❤

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